Mesure dans le bruit des performances d’une aide auditive : Do It Yourself !!

Qu’est-ce qui a changé depuis 2011 sur nos chaînes de mesures in vivo ou au caisson ?

Qu’est-ce qui a changé depuis 2011 dans les aides auditives que nous adaptons ?

A la première question, je peux quasiment sans crainte répondre « RIEN ! ». 2011, c’est le début de la généralisation de l’ISTS (International Speech Test Signal), qui a permis par la même occasion de mesurer in vivo et au caisson les aides auditives de l’époque, jusqu’à aujourd’hui. Et qu’est-ce qui a vraiment changé en MIV depuis que nous testons avec ces signaux réalistes ?

A la seconde question, je pense que le constat s’impose : TOUT a changé en 15 ans !

  • En 2026, au minimum, nous établissons un gain (d’insertion ou autre)
  • Avec un peu d’audace, un spectre de niveau de sortie, et quand vraiment nous y mettons du savoir faire, des seuils au tympan en dB SPL
  • Un brin d’énergie intellectuelle supplémentaire ajoute l’analyse centile et la compression de dynamique associée
  • Du matériel spécifique et de la volonté nous donnerons une analyse de la directivité microphonique (statique ou dynamique) et une réduction de bruit stationnaire sur le long terme
  • Et… c’est tout !

Vous me direz, c’est déjà bien. Mais tout cela était possible il y a 10 ans déjà et plus. Mais en plus de 10 ans, tout a changé… sauf nos chaînes de mesure !

Et là, c’est un coup de gueule. Ces 15 dernières années ont vu la progression fulgurante des performances des aides auditives (performances dans le bruit), mais aucun fabricant de chaînes de mesures in vivo ou caisson ne nous a donné les moyens de tester la véracité des promesses faites.

Nous testons aujourd’hui des dispositifs de compétition avec des outils clairement obsolètes. Ça ronronne du côté des fabricants de matériel…

J’irais même plus loin : comment (objectivement) pouvons-nous être certains que le modèle n+1 est meilleur que la version n ? Sur dix patients ? 20 tests dans le bruit ? Les promesses d’une belle présentation régionale ? Un beau dépliant ?

Et j’irais même encore plus loin : la sécurité sociale qui demande aux fabricants de médicaments un bénéfice rendu supérieur au précédent médicament pour être remboursé (remboursé tout court ou sur une meilleure base que le précédent), pourrait-elle exiger la même chose pour les aides auditives ? La version n+1 devrait-elle être remboursée si elle n’apporte pas un bénéfice SIGNIFICATIF par rapport à la version n du même fabricant d’aides auditives ?

Le tableau est posé.

Il est possible depuis de nombreuses années de mesurer le rapport signal/bruit en sortie d’aides auditives. Une seule chaîne de mesure le propose aujourd’hui (Acousticon Acam 5, non distribuée en France). L’IEC en a même fait une nouvelle norme de test des aides auditives. Où est-elle dans nos chaînes de mesure ?

De très nombreux indices objectifs d’intelligibilité ces dernières années nous permettent de simuler de très nombreuses pertes auditives appareillées. Et plus récemment encore ces indices deviennent binauraux, ouvrant la voie à des tests de surdités asymétriques ou des améliorations potentielles de directivité stéréophonique.

Un monde s’est ouvert à la mesure objective et nous faisons toujours les mêmes tests depuis plus de 10 ans…

La nature ayant horreur du vide, et les outils informatiques se développant à très grande vitesse, il était intéressant de progressivement mettre à disposition les moyens d’effectuer ces mesures objectives dont ce blog se fait l’écho depuis longtemps.

Mais ces tests objectifs (analyse du RSB à la sortie d’aides auditives, indices monauraux objectifs d’intelligibilité, indices binauraux) restaient peu accessibles, sous forme de codes, de bouts de codes, souvent en Matlab, quelques fois en Python. Autant dire un monde entre eux et nous…

Des confrères (Franck Leclère, Christophe Lesimple, David Colin), des chercheurs (François-Xavier Nsabimana, James Kates), de nombreux étudiants devenus aujourd’hui audioprothésistes, tout ceci a permis sur de très nombreuses années l’écriture de codes informatiques, leur amélioration et leur évolution… et leur prise de poids. Tout ceci sous Matlab, logiciel propriétaire et onéreux, difficile à maîtriser, et plus rarement sous R (merci Christophe !).

Je maîtrise vaguement Matlab, bien mieux R. L’avantage de ce dernier est d’être gratuit, facilement installable.

Le but ici n’est pas de maîtriser tel ou tel langage, vous avez certainement mieux à faire de vos vies, mais il existe des possibilités aujourd’hui d’écrire de très belles GUI (Graphical User Interfaces) ne nécessitant pas l’usage du code, notamment sous R, et permettant enfin à tous de tester et analyser les performances dans le bruit d’aides auditives. Avec un peu de matériel certes, mais c’est désormais possible pour peu que l’on dispose des signaux d’origine et des moyens de les acquérir (les enregistrer).

L’usage de l’IA et ses capacités phénoménales de détection des erreurs de code et de son amélioration a rendu possible une grande vitesse de travail, ainsi que le portage de code d’une application vers une autre (de Matlab vers R), ce qui était en cours depuis de longs mois, mais a été accéléré de manière exponentielle.

Je diffuserai progressivement les GUI sous forme d’application autonome (Shiny), ou de codes d’analyse simplifiés, les fichiers de tests et les conseils d’acquisitions permettant d’aller voir ce qu’il y a dans les moteurs des appareils actuels.

Parce que ce genre de résultats pourrait vous intéresser pour prendre une décision sur de bonnes bases :

Et enfin, cerise sur le gâteau, tester des aides auditives en condition binaurale, avec les indices les plus récents :

Tout sera progressivement déployé. L’application la plus simple (à déployer) étant l’analyse du RSB en sortie d’aide auditive que vous pouvez ouvrir avec ce lien, de préférence sur un ordi de travail.

Et pour commencer à jouer un peu, les fichiers de calibration, d’enregistrement algos « off » et algos « max » de cet ancêtre qui avait été testé à l’époque en chambre anéchoïque à l’IUT de Bordeaux. On y constate déjà l’effet délétère d’une compression WDRC en mode « algos off » (ce problème ayant été amélioré depuis).

Vous pouvez télécharger, sur votre bureau par exemple :

La suite à venir : les fichiers originaux d’enregistrement et un how-to d’acquisition et d’intérprétation des résultats.

Si vous souhaitez faire tourner cette application en local (plutôt que l’app shiny via le web) et/ou en modifier/explorer le code :

  • Installez R en fonction de votre architecture, si ce n’est déjà fait
  • Installez ensuite R Studio
  • Dans le dossier que vous pouvez télécharger ici, double-cliquez sur app.R, à ouvrir dans R Studio, puis « run » (le bouton en haut à droite dans R Studio)

A suivre… (ne soyez pas pressés quand même !)

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