Le compte-rendu, la vie rêvée et la vraie vie…

Le compte-rendu en audioprothèse fait l’objet d’un chantier qui va nécessiter pas mal de consensus avant d’aboutir. La disparité croissante des listes, de leurs enregistrements, de leurs seuils d’intelligibilité (SRT50 ou autres), rend difficile une comparaison entre les tests faits par les audioprothésistes, et ceux faits par les prescripteurs. Et je ne parle là que de l’audiométrie en champ libre (tonale ou vocale) dans le silence. L’audiométrie dans le bruit voit chaque semestre arriver un nouveau test !

Et je ne parle pas non plus de localisation spatiale…

Dans un moment de désoeuvrement complet ou dans un éclair de lucidité (ça coïncide souvent) je me suis demandé quel était l’intérêt de fournir un gain prothétique vocal en listes cochléaires de Lafon à un ORL qui faisait du Fournier (ou l’inverse), de comparer le patient… à lui même (avant/après), et de lui faire passer toute une fourchette de niveaux sonores dont certains n’ont que peu de rapport avec la vraie vie (voix à 40dB SPL et voix à 80dB SPL par exemple).

Donc, et en prenant le problème dans un autre sens, je pensais qu’il pouvait être intéressant de comparer des données objectives à des données subjectives.

C’est un parti pris.

Les données objectives en audiologie prothétique, il n’y en a pas 36. Il n’y a qu’UNE seule mesure objective : la mesure in vivo. Objective ne veut pas dire que quand elle est faite tout va bien, mais en tout cas, quand elle n’est pas faite, il y a de fortes chances que ça puisse aller mieux !

La mesure in vivo, quand elle est faite en niveau de sortie nous indique un SII (Speech Intelligibility Index) qui est grossièrement l’émergence de la parole au-dessus des seuils. L’émergence de ses zones fréquentielles « utiles ».

Mais comment relier le SII de nos mesures in vivo(de 0 à 100% ou de 0 à 1) à l’intelligibilité au HINT dans le calme ? Aux liste de Fournier ? Aux logatomes de Dodelé ? etc.

Bref comment comparer le SII obtenu sur la meilleure oreille de notre patient appareillé à l’intelligibilité d’un groupe de sujets normo-entendants, et pour chaque matériel vocal ?

Parce qu’obtenir un SII c’est bien, s’en servir ce serait pas mal non plus !

Cette relation SII/Intelligibilité à différents tests vocaux dans le silence et en langue française avait été mesurée par Hélène CUPILLARD :

Cette relation a été obtenue en monaural, sur des sujets normo-entendants, puis extrapolée en champ libre monaural :

En fonction de chaque matériel vocal, 4 constantes a, b, c et d régissent la courbe de relation SII/intell.

Il ne faut pas être devin pour s’apercevoir que certains test d’audiométrie vocale sont bien plus précis que d’autres (voir l’éparpillement des points), et que faire de l’audiométrie vocale dans le silence avec du FrMatrix s’apparente plus à utiliser de la suppléance mentale que de l’audition pure (voir la pente de la courbe).

Mais bon, on obtient en français une relation SII/intell. chez le normo-entendant en champ libre équivalent monaural. Certes, c’est monaural, comme le sont nos courbes de référence actuelles, et nous allons comparer cela avec une intelligibilité binaurale. Pour mémoire les valeurs de calibration donnent 2dB d’écart à 0 degrés entre monaural vs binaural.

Disposant d’un SII après la mesure in vivo, disposant de courbes de références, il devenait donc tentant de comparer le malentendant appareillé à ces références de normo-entendants.

Et il peut être aussi intéressant, voire plus, de comparer le malentendant à une normalité, même imparfaite que de le comparer seulement à lui même.

Vous trouverez donc dans ce lien HTML un calculateur et un comparateur d’intelligibilité du malentendant appareillé avec la référence, sous la forme d’un compte-rendu automatique éditable en format Word ou pdf.

Il suffit de mettre ce lien en marque page de n’importe quel navigateur.

Vous entrez les références du prescripteur (vous pouvez importer votre propre base de prescripteurs ou la créer au fur et à mesure) et du patient, ainsi que le matériel de test utilisé dans le silence :

Vous importez une capture d’écran de ses mesures in vivo avec au moins la voix moyenne (65dB SPL) et la voix faible (50dB SPL) :

Vous reportez les SII OD et OD à voix moyenne et voix faible, le calculateur va prendre en compte le meilleur SII sur chaque oreille et chaque niveau pour le faire figurer sur la courbe de référence :

Saisissez le score d’intelligibilité de votre patient à 65dB SPL et à 50dB SPL :

Vous obtenez, pour un SII donné, la différence (en plus ou en moins) entre les scores d’intelligibilité de votre patient et la « normalité » pour un même SII (une même quantité d’information), et ce, à des niveaux réalistes du quotidien (voix normale et voix faible).

Enfin, saisissez les résultats d’intelligibilité dans le bruit (Test, angles, résultats) :

Cherry on the cake : in cliquant sur « Télécharger le rapport Word » ou « PDF » vous obtenez directement un joli compte-rendu pour le prescripteur !

Je ne doute pas que votre sagacité et un peu d’intelligence artificielle (ou humaine, soyons fous !) sauront vous faire modifier ce fichier HTML pour y insérer votre en-tête, votre pied de page et votre signature et plein d’autres choses que vous voudriez faire savoir sur votre savoir faire…

3 commentaires sur “Le compte-rendu, la vie rêvée et la vraie vie…

    1. Impossible à simuler (pas à mon niveau). Kates (et quelques autres avant lui) vient de sortir son indice HASPI binaural, qui est une sorte d’indice d’intelligibilité, mais fonction de la perte, les deux oreilles étant prises en compte, chacune avec leur SII propre pour combiner le tout en indice binaural.
      C’est beau, beaucoup de travail (avec un partenariat avec la faculté de Lyon d’ailleurs), et tellement complexe…
      C’est pourquoi j’écris en conclusion qu’il est possible que des surprises apparaissent, car certains malentendants appareillés pourraient faire mieux que les normo-entendants en monaural.
      Je fais néanmoins un petit rappel : nous comparons souvent en champ libre des courbes appareillées avec des références au casques, en monaural !
      Concernant les valeurs de calibration (RETSPL), la norme donne 2dB d’écart entre mon. vs binaural à 0°. Les performances ne devraient pas être fondamentalement différentes.

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