Vous avez découvert et peut-être testé les applications permettant l’extraction de la parole et du bruit (processus H&O) ainsi que le calcul des indices de qualité et d’intelligibilité.
Ce fut facile ou Homérique, mais vous voudriez aller plus loin : tester vous-même !
Ce chapitre vous donnera les deux fichiers .wav natifs nécessaires à ces enregistrements, vous détaillera la procédure d’acquisition, avec le matériel adéquat et le coût estimatif de tout cela.
Un petit rappel avant : ce cheminement a été initié il y a plus de 10 ans maintenant. Ces fichiers et ces procédures ont évoluées. Le code initial et le premier fichier (procédure H&O) avaient été à l’époque construits avec Frank Leclère et beaucoup d’aide de FX Nsabimana. La procédure de mesure de qualité et d’audibilité est plus récente et s’appuyait au départ sur le premier code.
J’avais progressivement commencé une migration de la procédure H&O sous R, la procédure OIQ (qual/intell) étant hors de ma portée par manque de maîtrise des connexions R/Python.
Intelligence humaine vs artificielle
Une grande partie de ce portage Matlab/R/Python a pu être accéléré avec l’analyse du code en IA (Claude Code). Cet outil est extrêmement puissant, à condition de parfaitement comprendre le code d’origine, de parfaitement maîtriser le sujet et les sous-jacents audiologiques.
100 fois il m’est arrivé d’avoir à contredire l’IA, qui avec un aplomb monstre affirme telle ou telle chose, avant de conclure par un obséquieux « tu as tout à fait raison » ou « remarque judicieuse Xavier » devant ses incommensurables conneries !
Je parle en 2026, mais il est bien possible que cela s’améliore. En tout cas l’entraînement en local permet une nette amélioration de la fiabilité après ingurgitation de normes, mesures, explications.
Vous voulez continuer ? Peut-être pensiez vous que tout cela était simple ? Prenez un peu de vitamine C avant de lire la suite !
Les patterns
Ce sont les fichiers .wav d’émission.
Le premier est celui permettant la séparation du bruit et de la parole par annulation de phases selon la technique de Hagerman & Olofsson. Il fait 45/46 minutes environ. Téléchargeable ici.
Le second est celui permettant le calcul des indices intrusifs (HASPI, HASQI, SIIB, etc) ou du SII. Il fait 15 minutes environ. Téléchargeable ici.
Ces deux fichiers sont en stéréo : le piste 1/Left contient (entre autres) le signal, la piste 2/Right, le bruit.
On peut envoyer ça sur deux enceintes, mais également sur une multiplicité d’enceintes (par exemple avec le logiciel Hearing Space, bien qu’il limite la fréquence d’échantillonnage). A vous de voir…
Le pattern H&O 4 phases

Fichier : Meas_Pattern_NFIM_BabbleISTS.wav — stéréo 44,1 kHz, durée 2742,5 s (≈ 45 min 42 s). Parole = NFIM français (canal 1, enceinte 0° par exemple), bruit = babble 4 voix ISTS (canal 2, enceinte 180° par exemple).
La méthode de Hagerman & Olofsson (2004) rejoue la même scène 4 fois pour chaque RSB, en inversant la polarité de la parole (S/−S) et du bruit (N/−N) :
| SpN = (+S)+(+N) SmN = (+S)+(−N) mSpN = (−S)+(+N) mSmN = (−S)+(−N) |
Cinq RSB sont parcourus (+10, +5, 0, −5, −10 dB), soit 20 séquences de 77,1 s chacune, séparées de 60 s de silence. Un clap ouvre le fichier : c’est l’origine des temps. Minutage exact (secondes après le clap, paires début–fin codées dans ho_params()) :
| RSB | SpN | SmN | mSpN | mSmN |
| +10 dB | 60,1 – 137,2 | 197,2 – 274,3 | 334,3 – 411,4 | 471,4 – 548,5 |
| +5 dB | 608,6 – 685,7 | 745,7 – 822,8 | 882,8 – 959,9 | 1019,9 – 1097,0 |
| 0 dB | 1157,1 – 1234,2 | 1294,2 – 1371,3 | 1431,3 – 1508,4 | 1568,4 – 1645,5 |
| −5 dB | 1705,6 – 1782,7 | 1842,7 – 1919,8 | 1979,8 – 2056,9 | 2116,9 – 2194,0 |
| −10 dB | 2254,1 – 2331,2 | 2391,2 – 2468,3 | 2528,3 – 2605,4 | 2665,4 – 2742,5 |
ATTENTION AVEC LA MESURE H&O : les anti-larsen, pour la plupart, agissent en inversion de phase, avec comme conséquence possible d’inverser la phase du pattern pendant une mesure… et de fausser l’extraction ! Il est recommandé pour ce test de désactiver les anti-larsen… et donc de travailler en couplage occlusif. Dommage… Tentez quand même, mais l’erreur de mesure pourrait augmenter drastiquement à l’approche du GSM (GainStable Maximum).
Le pattern OIQ

Fichier : Obj_Intel_Qual_pattern_V4_0_37dB.wav — stéréo 44,1 kHz/24 bits, durée 942,3 s (≈ 15 min 42 s). Ici, pas d’inversion de phase : la parole (canal 1) est constante, le bruit (canal 2) monte de +3 dB par minute — 12 conditions : le calme (parole seule), puis les RSB +15 → −15 dB.
Minutage (secondes après le clap) :
- Rampe de calibration du bruit (calTiming = 18,1 → 140,1 s) : une fenêtre « quiet » de 12 s (18,1–30,1), puis 11 paliers de bruit seul de 10 s chacun (+3 dB par palier, 30,1 → 140,1). Ces fenêtres mesurent le niveau du bruit seul à chaque palier — donc le RSB réel (parole−bruit) de chaque condition.
- Parole seule dès 190 s (60 s de parole dans le calme), puis parole + bruit par paliers.
- 12 fenêtres de mesure de 23 s (sigTiming), une par condition, toutes les 60 s : _ref (calme) 227,1–250,1 ; SNR+15 287,1–310,1 ; SNR+12 347,1–370,1 ; … ; SNR−15 887,1–910,1. Une garde (trim) de 1 s est retirée en tête et en queue de chaque fenêtre → 21 s analysées par RSB.
Fichier : Obj_Intel_Qual_pattern_V4_0_37dB.wav — stéréo 44,1 kHz/24 bits, durée 942,3 s (≈ 15 min 42 s). Ici, pas d’inversion de phase : la parole (canal 1) est constante, le bruit (canal 2) monte de +3 dB par minute — 12 conditions : le calme (parole seule), puis les RSB +15 → −15 dB.
| Pourquoi 46 min pour H&O et 16 min pour OIQ ? H&O doit rejouer chaque scène 4 fois (les 4 phases) et a besoin de séquences longues pour une annulation robuste ; OIQ n’évalue qu’un passage par RSB. C’est le prix de la séparation parole/bruit en sortie d’aide auditive, que seule la méthode 4 phases sait faire. |
Découpage et alignement : ce que font les applications
Commun aux deux : le « clap »
Le début du fichier enregistré contient un clap (transitoire bref et fort). L’application le détecte automatiquement : premier échantillon dépassant 50 % du maximum sur les premières secondes de la piste 1. Ce clap devient le t = 0 de tous les minutages : peu importe quand vous démarrez l’enregistreur, du moment que le clap est dedans. En pratique : lancer l’enregistrement, puis lancer la lecture du pattern — le « clap » fait partie du pattern.
Chaîne H&O
- Découpage : chaque séquence est extraite à [clap + début − 1 s ; clap + fin + 1 s] (garde offset_s = 1 s de chaque côté).
- Passe-haut 125 Hz (Butterworth ordre 5) : élimine les infra-graves de la pièce qui pollueraient l’annulation.
- Alignement double : les 4 phases doivent être synchrones à l’échantillon près. Chaque phase est recalée sur SpN par corrélation croisée, une fois sur les 8 premières secondes (variante « begin ») et une fois sur une fenêtre en fin de séquence (à partir de 72 s, variante « end ») — le moteur garde la variante dont le résidu d’annulation est minimal, ce qui absorbe une éventuelle dérive d’horloge entre lecteur et enregistreur. Méthode recommandée : enveloppe de Hilbert + raffinement sous-échantillon (voir § 6).
- Fenêtre de mesure : on retire 40 s en tête (win_t1 : lead-in, convergence des algorithmes de l’aide) et 10 s en queue (win_t2) → les niveaux sont mesurés sur les ~27 s centrales stabilisées de chaque séquence.
- Plus vous faites votre acquisition avec une grande résolution temporelle (fs = 96kHz par exemple), plus votre fichier d’acquisition sera lourd, mais meilleure sera l’extraction…
Chaîne OIQ
- Découpage : les 12 fenêtres de calibration du bruit (Cal_quiet, Cal_SNR15…) et les 12 fenêtres de mesure (_ref, _SNR15…) sont extraites aux instants du § 4.2, garde de 1 s.
- Alignement par segment : pour chaque RSB, la voie appareillée est recalée sur la voie de référence (corrélation croisée, structure fine ou enveloppe de Hilbert) : indispensable pour STOI, PESQ ou SIIB, qui comparent échantillon à échantillon.
- Niveaux et RSB réel : le niveau de parole vient du segment _ref (parole seule), le niveau de bruit de chaque palier Cal_SNRxx (bruit seul) : RSB réel = parole − bruit, par oreille.
- Métriques : chaque paire (référence, sortie AA) alimente HASPI v2, HASQI v2, HAAQI, STOI/ESTOI, EDI, SIIB^Gauss, PESQ — en condition normo-entendant et malentendant appareillé (audiogramme choisi).
Les calculs H&O : extraction et indices de qualité
Une fois les 4 phases alignées, trois combinaisons linéaires séparent tout :
| Speech = (SpN + SmN − mSpN − mSmN) / 4 → le bruit s’annule Noise = (SpN − SmN + mSpN − mSmN) / 4 → la parole s’annule Error = (SpN + SmN + mSpN + mSmN) / 4 → doit tendre vers 0 RSB = 20·log10(rms(Speech)) − 20·log10(rms(Noise)) |
Ce calcul est fait deux fois : sur la piste 1 (oreille nue → RSB d’entrée) et sur la piste 2 (sortie d’aide auditive → RSB de sortie). La différence des deux est le bénéfice RSB de l’appareil, tracé RSB par RSB.
L’indicateur de qualité d’extraction
Un moustique dans la pièce ? Une porte qui claque au loin ? Autre chose ? L’alignement temporel ne se fait pas correctement : il existe une « erreur d’extraction » que l’on va quantifier.
Le terme Error est l’assurance-qualité de la mesure : en théorie les 4 phases s’annulent exactement ; tout ce qui ne s’annule pas (désalignement résiduel, bruit de fond de la pièce, comportement non reproductible de l’aide entre les 4 passages, non-linéarités) s’y retrouve. L’application en tire, pour chaque RSB et chaque piste :
| error_dB = 20·log10(rms(Error)) marge = min(Speech_dB, Noise_dB) − error_dB |
La marge dit de combien les composantes extraites émergent au-dessus du plancher d’extraction. Grille de lecture (critère des 4 phases, seuil de 20 dB) :
| Marge | Verdict affiché | Interprétation |
| ≥ 20 dB | OK | Extraction fiable, RSB exploitable tel quel. |
| 15 – 20 dB | Moyen | Exploitable ; vérifier alignement et bruit de fond. |
| 10 – 15 dB | Médiocre | Le RSB commence à être comprimé vers la marge ; prudence. |
| < 10 dB | Mauvais | Mesure à refaire (pièce trop bruyante, désalignement, aide trop instable). |
Deux marges distinctes sont données : la marge d’entrée (piste référence : elle ne dépend que de la qualité d’acquisition — c’est elle qui valide l’installation) et la marge de sortie (piste AA : elle inclut la variabilité propre de l’aide auditive ; un appareil très adaptatif peut légitimement descendre sous 20 dB sans que l’acquisition soit en cause). Ordres de grandeur relevés sur une chaîne bien réglée : marge d’entrée 19–29 dB (OK/Moyen), marge de sortie 13–23 dB selon le RSB et l’agressivité des algorithmes. Les colonnes in_residu / in_marge / in_qualite et out_residu / out_marge / out_qualite figurent dans le tableau de résultats et les CSV exportés.
Le raffinement sous-échantillon
Puristes bienvenus ! On va encore améliorer l’extraction.
L’extraction H&O soustrait des passages qui devraient être identiques. Si l’un des quatre est décalé de Δt, pour une composante sinusoïdale de fréquence f :
| x(t) − x(t−Δt) = 2·sin(π·f·Δt) · cos( 2π·f·(t − Δt/2) ) |
La différence n’est donc pas nulle : son amplitude relative vaut 2·sin(π·f·Δt). L’annulation obtenue — ce qui part dans le terme Error de l’extraction — est :
| Annulation (dB) = −20·log10( 2·sin(π·f·Δ/fs) ) avec Δ = décalage en échantillons, fs = fréquence d’échantillonnage |
Deux repères utiles :
- en petit angle, l’annulation perd 6 dB chaque fois que f ou Δ double (et en gagne 6,8 dB en passant de 44,1 à 96 kHz) ;
- elle tombe à 0 dB quand f·Δt = 1/6 : le « résidu » est aussi fort que le signal — au-delà, soustraire empire les choses, jusqu’à +6 dB en opposition de phase.
Annulation selon le désalignement résiduel
L’alignement par corrélation croisée recale à l’échantillon ENTIER : il laisse au pire un résidu de ±0,5 échantillon. Annulation par fréquence pour ½ et 1 échantillon de résidu :
| f | 44,1 kHz, Δ = ½ éch. | 44,1 kHz, Δ = 1 éch. | 96 kHz, Δ = ½ éch. | 96 kHz, Δ = 1 éch. |
| 250 Hz | 35,0 dB | 29,0 dB | 41,7 dB | 35,7 dB |
| 500 Hz | 29,0 dB | 22,9 dB | 35,7 dB | 29,7 dB |
| 1 kHz | 22,9 dB | 16,9 dB | 29,7 dB | 23,7 dB |
| 2 kHz | 16,9 dB | 10,9 dB | 23,7 dB | 17,7 dB |
| 4 kHz | 10,9 dB | 5,0 dB | 17,7 dB | 11,7 dB |
| 8 kHz | 5,0 dB | −0,7 dB | 11,7 dB | 5,7 dB |
| Lecture : même parfaitement aligné à l’entier près (±½ échantillon), un enregistrement 44,1 kHz ne peut pas annuler mieux que ~5 dB à 8 kHz — c’est un plancher géométrique, pas un défaut d’acquisition. C’est ce plancher que reflète la marge (error_dB) quand tout le reste est propre. |
Tolérance requise pour 20 dB d’annulation
En inversant la formule (2·sin(π·f·Δt) ≤ 0,1) :
| Δt max ≈ 0,0159 / f |
| f | Δt max | en échantillons à 44,1 kHz | à 96 kHz |
| 1 kHz | 15,9 µs | 0,70 éch. | 1,53 éch. |
| 2 kHz | 8,0 µs | 0,35 éch. | 0,76 éch. |
| 4 kHz | 4,0 µs | 0,18 éch. | 0,38 éch. |
| 8 kHz | 2,0 µs | 0,088 éch. | 0,19 éch. |
Conclusion directe : pour tenir 20 dB jusqu’à 8 kHz il faut se recaler à environ 1/10 d’échantillon près — impossible avec un alignement entier, quelle que soit la fréquence d’échantillonnage raisonnable. C’est la justification quantitative de la case « Raffinement sous-échantillon » de l’application.
Voilà, voilà…
Do It Yourself maintenant ??
Du matos !
Un mannequin anthropomorphe avec conduits réalistes genre KEMAR vous coûtera… plus ou moins 50 000€ si vous négociez bien (avec ça vous avez tout, on espère !).
C’est le prix pour des acquisitions respectant la norme IEC 60318-4.
Mais Bibi peut pas… alors je vous donne ma recette, cuisinée sur plusieurs années :
| Élément | Rôle | Où le trouver |
| Zoom H6 (H6essential) | Enregistreur 6 pistes ; alimentation fantôme des micros ; WAV stéréo jusqu’à 96 kHz / 32 bits sur carte SD. | Thomann |
| Tête artificielle Soundman (Dummy Head) | Support anatomique (tête en bois, embase 3/8″) : la diffraction de la tête reproduit l’ombre et les effets binauraux qui conditionnent le travail des micros directionnels. | Thomann |
| Oreilles réalistes CARL (paire « Realistic », grand conduit : 13,5 mm × 32 mm) | Pavillons et conduits dérivés de scanners cliniques (AHead Simulations) : acoustique de conduit réaliste ; on y chausse dômes et embouts comme sur un patient. | aheadsimulations.com |
| Kit stéréo DPA 4060 (SMK4060 : 2 micros omni appairés + 2 adaptateurs XLR/alim fantôme) | Les deux « tympans » de la chaîne : omnis miniatures (Ø 5,5 mm), appairés en sensibilité, 134 dB SPL max. | Thomann |
| Baladeur numérique à sortie optique, lecture 96 kHz | Source de lecture du pattern : la liaison optique garantit un niveau de sortie numérique parfaitement répétable. | Son-Vidéo |
| Amplificateur stéréo avec entrée optique | Conversion N/A + amplification des deux canaux. Repérer la position du volume utilisée : c’est elle qui fixe le niveau de présentation. | Son-Vidéo |
| 2 enceintes bibliothèque de qualité | Diffusion parole (0° par exemple) et bruit (180° par exemple), à hauteur d’oreille, à distance égale de la tête (≈ 50 cm à 80 cm). | Son-Vidéo |
| Calibreur B&K (pistonphone 4230 d’occasion ou calibreur 4231) + adaptateur Neumann PA 100 | Étalonnage absolu des deux micros en dB SPL (voir § 3). | Occasion / revendeurs pro |
| Carte SD (≥ 32 Go) | Un pattern H&O de 46 min pèse ~1,6 Go en 96 kHz/24 bits ; ~750 Mo en 44,1 kHz/24 bits. | Partout |
Et pour tout cela, vous devriez vous en tirer à moins de 5000€. Sachant que vous avez toutes et tous un peu de ce matériel, avec un sonomètre (normalement…). C’est mieux !
Sachez également (étudiants) que la plupart des facs ont ce matériel, donc de bien belles mesures à prévoir !
Concernant l’émission, rien ne vous empêche de diffuser la parole et le bruit où vous voulez, sur le nombre de HP que vous voulez. J’ai utilisé souvent Hearing Space qui permet de spatialiser les signaux, avec correction de niveau en fonction du nombre de HP d’émission (seule limitation de Hearing Space : la fréquence d’échantillonnage ne peut pas atteindre 96kHz pour la mesure H&O).
Le coin brico
Comment placer les micros d’acquisition DPA en fonds des conduits ?
Je vous livre ma recette bricolage du jour :
- Le micro DPA 4060 se place en fond de conduit, là où serait le tympan : c’est lui qui mesure ce que « reçoit » l’oreille, embout et évent compris.
- On fore un petit trou (≈ 2–3 mm) au fond du conduit de chaque oreille CARL, vers l’arrière, juste suffisant pour passer le câble du micro. Le micro est ramené en butée au fond du conduit, capsule vers l’extérieur, et le passage du câble est scellé (colle souple ou pâte à embout).
- Intérêt : le conduit reste acoustiquement intact — aucune fuite parasite, donc aucune perte d’évent : l’effet acoustique réel du couplage choisi (dôme ouvert, fermé, évent…) est intégralement conservé dans la mesure.
| Pourquoi des oreilles réalistes plutôt qu’un coupleur ? On mesure l’aide auditive telle que portée : résonance du conduit, fuite d’évent, position du dôme — ce qu’un coupleur 2 cc ne voit pas. Contrepartie : ce n’est pas un simulateur d’oreille normalisé (pas d’impédance tympanique IEC 60318-4) ; les niveaux absolus au « tympan » sont propres à ce montage. Pour comparer des réglages entre eux — l’usage principal des deux applications — c’est sans importance. J’ai réalisé pendant des années ces mesures aux coupleurs 2cc, puis 0,4cc quand même… Ça fonctionnait, mais uniquement en mesure fermées donc. |
L’étalonnage des micros 1/8 de pouce : pistonphone et correction à 92,1 dB SPL. Pourquoi ?
Le pistonphone est la pièce la plus chère. Il ne fait qu’une chose dans sa vie, mais il la fait bien : il génère une pression de 1Pa @ 1kHz !! Soient 94dB SPL.
Pour calibrer les micros DPA 4060, il faut un réducteur 1/8 de pouce –> 1/2 pouce (env 150€ chez Neumann : l’adaptateur PA 100). Cet adaptateur modifie la pression au niveau du micro comme on va le voir plus bas.
Les applications H&O et OIQ convertissent les échantillons numériques en dB SPL absolus grâce à un court enregistrement de calibration : un signal de niveau connu, appliqué successivement sur chaque micro. La chaîne recommandée :
- Pistonphone B&K 4230 : 94 dB SPL nominal (1 kHz) ;
- Réducteur B&K 1/2″ puis adaptateur Neumann PA 100, qui couple proprement le pistonphone sur le micro (il faut sortir alors les micros des fonds de conduits pour les calibrer) ;
- La perte d’insertion n’est pas nulle : réducteur 1/2″ −0,17 dB, PA 100 −1,7 dB (notice Neumann info 0088).
| SPL réellement reçu par le micro = 94 émis − 0,17 − 1,7 ≈ 92,1 dB SPL |
| À retenir : dans le champ « Niveau de référence » des deux applications, saisir 92,1 (et non 94) lorsque la calibration est faite avec cette chaîne pistonphone + PA 100. Entrer 94 surestimerait tous les niveaux absolus d’environ 1,9 dB. Les RSB (rapports parole/bruit) n’en dépendent pas ; mais les indices sensibles au niveau de présentation (modèle d’oreille de Kates : HASPI/HASQI, audibilité SII) en dépendent. |
Variante économique sans pistonphone : diffuser un son de 1 kHz par l’enceinte de face et mesurer son niveau à la position de la tête (tête retirée) avec un sonomètre de classe 2, par exemple à 70 dB SPL ; enregistrer ce signal sur les deux micros et saisir « 70 » comme niveau de référence. Moins précis (±1–2 dB, étalonnage en champ plutôt qu’au tympan) mais suffisant pour des comparaisons de réglages. Pourquoi pas : ça permet d’économiser un pistonphone, mais ça devient plus aléatoire.
La procédure de mesure, pas à pas
A. Préparation (une fois par session)
- Installation : tête sur pied à hauteur d’oreille, enceinte parole face à la tête (0°) et enceinte bruit derrière (180°), à distance égale (≈ 1 m). Pièce la plus silencieuse possible (l’indice de marge du § 6 vous dira si elle suffit).
- Réglages du Zoom H6 : WAV 44,1 kHz / 24 bits (ou 96 kHz ; les applications s’adaptent à la fréquence lue dans l’en-tête), alimentation fantôme activée pour les deux adaptateurs XLR des DPA, gains identiques et fixes sur les deux voies — ne plus y toucher entre la calibration et la mesure. Attention pour le réglage de la sensibilité : les aides auditives peuvent monter haut en puissance, ne pas régler trop haute la sensibilité (saturation), mais pas trop basse non plus (bruit de fond des micros).
- Réglage de l’aide auditive : l’appareil est pré-réglé in vivo sur le mannequin (mesure en oreille réelle, sonde dans le conduit CARL) sur les cibles de l’audiogramme choisi — typiquement un profil standard type N3 ou autre. On mesure ainsi un appareil réglé comme il le serait sur un vrai patient de ce profil, et l’on renseigne le même audiogramme dans l’application au moment de l’analyse.
B. Calibration (≈ 1 min)
- Lancer un enregistrement stéréo dédié à la calibration.
- Coupler le pistonphone (via réducteur + PA 100) sur le micro de l’oreille droite : maintenir ~15 s de ton stable.
- Le déplacer sur l’oreille gauche : à nouveau ~15 s.
- Arrêter : ce fichier .wav est le fichier de calibration à charger dans l’application (niveau de référence : 92,1 dB SPL). L’application calcule un gain par canal à partir du RMS de chaque voie ; l’ordre droite-puis-gauche importe peu, seul compte le fait que chaque voie contienne son passage de ton.
C. Mesure
- Aide auditive en place sur l’oreille de mesure, allumée, programme voulu ; oreille de référence nue.
- Lancer l’enregistrement sur le H6, puis la lecture du pattern sur le baladeur. Le clap en tête du pattern fournira le t = 0 du découpage : ne pas parler ni faire de bruit pendant les premières secondes.
- Laisser dérouler : ≈ 46 min pour le pattern H&O, ≈ 16 min pour le pattern OIQ. Ne rien toucher (gains, volume, position) pendant la mesure.
- Mesure 2 (optionnelle, H&O) : refaire un passage avec un autre réglage (ex. : algorithmes débruiteurs OFF pour la mesure 1, ON pour la mesure 2). L’application superpose les deux mesures sur les mêmes graphiques. Côté OIQ, la 2e condition optionnelle joue le même rôle (courbe superposée en bleu).
D. Analyse
- Dans l’application (H&O parallel ou OIQ parallel) : charger le fichier de calibration (niveau 92,1), puis le ou les enregistrements ; renseigner marque/modèle, couplage, audiogramme ; choisir l’alignement (Enveloppe + sous-échantillon pour H&O) et le nombre de cœurs.
- Temps de calcul indicatifs en parallèle : H&O ≈ 30 s à 2 min pour 2 mesures complètes ; OIQ ≈ 2 à 3,5 min pour les 12 RSB toutes métriques cochées (jusqu’à ~11 min en séquentiel).
- Vérifier d’abord les colonnes de qualité d’extraction (H&O) : si la marge d’entrée est « OK », la chaîne d’acquisition a fait son travail — le reste des résultats est solide.
On parle pépettes et marques
Prix constatés en août 2026, TVA incluse, hors frais de port ; les postes « hi-fi » sont des fourchettes réalistes pour du matériel de qualité suffisante.
| Poste | Exemple / source | Prix indicatif |
| Enregistreur Zoom H6 essential | Thomann | 299 € |
| Kit stéréo DPA 4060 (2 micros appairés + adaptateurs XLR/48 V) | Thomann (KIT-4060-…-SMK) | ≈ 1 170 € |
| Tête artificielle Soundman Dummy Head | Thomann | ≈ 570 € |
| Paire d’oreilles CARL « Realistic », grand conduit | AHead Simulations (449 $ US) | ≈ 420 € (+ port/douane) |
| Baladeur numérique, sortie optique, 96 kHz | Son-Vidéo | 350 – 550 € |
| Amplificateur stéréo avec entrée optique | Son-Vidéo | 400 – 600 € |
| 2 enceintes bibliothèque de qualité | Son-Vidéo | 400 – 800 € la paire |
| Adaptateur pistonphone Neumann PA 100 | Revendeurs pro | ≈ 150 – 200 € |
| Pistonphone / calibreur B&K (4230 occasion, ou 4231) | Occasion / eBay pro | 300 – 800 € (neuf 4231 : > 2 000 €) |
| Carte SD 64 Go + câble optique + pied | — | ≈ 60 € |
| Total indicatif (calibreur d’occasion) | ≈ 4 200 – 5 200 € | |
| Variante économique (calibration sonomètre à 70 dB SPL, cf. § 3) | ≈ 3 800 € |
À titre de comparaison, c’est très en dessous d’un banc de mesure commercial équivalent (tête de mesure normalisée seule : plusieurs dizaines de milliers d’euros), pour une chaîne qui, validée par ses propres indices de qualité d’extraction, produit des mesures parfaitement exploitables pour comparer appareils et réglages.
Quelques références
- Hagerman, B. & Olofsson, A. (2004). A method to measure the effect of noise reduction algorithms using simultaneous speech and noise. Acta Acustica united with Acustica, 90(2), 356–361.
- Kates, J. & Arehart, K. — HASPI v2 / HASQI v2 / HAAQI (implémentation : projet Clarity, pyclarity).
- ANSI S3.5-1997 — Methods for Calculation of the Speech Intelligibility Index (pondération fréquentielle du RSB, 21 bandes critiques).
- Maillou, K., Ducourneau, J. et al. (2022). Évaluation objective des performances des aides auditives. Les Cahiers de l’Audition, 35(3), 20–35.
- Neumann, notice info 0088 — adaptateur pistonphone PA 100 (pertes d’insertion : −1,7 dB ; réducteur 1/2″ : −0,17 dB).
Conclusion
Montage, temps, argent, codage, etc. tout cela est le résultat d’années d’errances et de recherches. Le minimum de choses est laissé au hasard.
Si vous pensiez que « voir des graphiques » était la finalité, absorbés en quelques minutes, peut-être vous rendez-vous compte de la complexité de la chose.
J’espère que d’autres que moi s’empareront de tout cela, c’est le but de ce partage. Comme nous tous avant, qui sommes tombés 99 fois et nous sommes relevés 100 fois, j’espère que ces tutoriels vous permettront de ne tomber que 9 fois, mais de vous relever 10 ! C’est quand même le TP le plus complexe que vous aurez à mener !!
J’attends vos retours, avec une envie non dissimulée de monter des mesures multicentriques…
Le dernier volet sera consacré aux indices binauraux : un chantier gigantesque d’interprétation des données s’ouvre à nous, sans exagération. Mais plus tard, bien plus tard…
