ACT – Le lien entre l’audiométrie et le réglage ?

ACT est un nouveau test de mesure du seuil de détection du contraste auditif (Audible Contrast Threshold).

Des tests, l’audioprothésiste et l’audiologiste en ont eu des wagons ces dernières années, mais la grande majorité d’entre eux ne sont que des tests de « constatation » et ne permettent pas souvent de prendre une décision quant à une optimisation des réglages des aides auditives.

Là où la promesse est alléchante, c’est que l’IRU (Interacoustics Research Unit) qui développe ce test depuis 2013 (quand même !) promet une utilisation concrète des résultats dans le futur (proche) réglage de certaines aides auditives.

Quels sont aujourd’hui, en dehors de l’audiométrie tonale « de base », les tests audiologiques avancés praticables en clinique quotidienne, et dont le résultat final va concrètement influencer le réglage d’une aide auditive ? On peut citer, de façon non exhaustive :

C’est peu, très peu. Car si nos mesures ont progressé de façon exponentielle en 20 ans, les tests que nous réalisons, s’ils sont effectivement très nombreux et précis aujourd’hui, n’ont que rarement une implication directe et concrète dans le réglage des aides auditives.

Prédire avec une bonne corrélation l’intelligibilité dans le bruit de patients appareillés ? Donner des indications de réglages en orientant l’effet des algorithmes en fonction du résultat du test ? Avoir des aides auditives suffisamment performantes pour s’adapter à une demande de « contraste » ?

Donc ACT. Dont acte ?

Quelques principes techniques

Je ne reviendrai pas en détails sur les aspects techniques du test, et je renvoie à la lecture du livre blanc sur ACT (je crois qu’il existe en french également). Pour résumer :

  • le test ACT est un test spectro-temporel. C’est à dire qu’il consiste à détecter dans un bruit un signal fluctuant temporellement et spectralement :
  • grande différence avec la quasi-totalité des tests dans le bruit actuels : le test ACT adapte son stimulus (signal + bruit) à la perte auditive de façon à ce qu’il émerge au minimum de 15dB au-dessus du seuil (équivalent champ libre) à une fréquence donnée, et sur chaque oreille de façon indépendante. Le test s’affranchit donc en grande partie de la baisse d’audition pour ne tester que l’aspect de détection du contraste (illustration Interacoustics) :
  • la passation est binaurale, au casque ou aux inserts et avec stimuli indépendants de chaque côté (si l’audition le nécessite)
  • la valeur mesurée après une procédure de test adaptative donne une valeur ACT, en fonction du niveau du contraste minimal détecté par le patient :

Je simplifie à l’extrême, mais plusieurs sessions de formation seront organisées par Diatec.

La valeur ACT

On obtient par exemple pour le rédacteur de ce blog la valeur (peu glorieuse mais malheureusement peu surprenante) de +4,5dB nCL (nCL = dB de contraste normalisés) :

Cela correspond tout à fait à ma sensation personnelle qui est de « ne rien comprendre dans le bruit » alors que mon seuil tonal est dans la normale, mais alors que mon effort d’écoute dans le bruit est réellement important, et ce depuis plusieurs années.

Le test trouve bien sa cible, y compris sur des surdités légères, voire pas de surdité (tonale) du tout !

ACT – Et après ?

Là où le teasing d’Interacoustics est alléchant, c’est qu’il promet l’utilisation de cette valeur dans le réglage de certaines aides auditives (Oticon, puis Bernafon dans un second temps).

Donc, à mauvaise détection de contraste (ACT +8dB nCL par exemple) un certain ajustement des algorithmes serait proposé, potentiellement différent de celui proposé pour le patient avec une valeur ACT de -2dB nCL.

Donc ACT permettrait, au delà de cet audiogramme par exemple…

… de répondre à la question : faut-il à ce patient qui présente une valeur ACT de -4dB nCL un minimum d’algorithmes activés pour ne laisser que l’amplification ?

Ou au contraire pour ce patient, à l’audiogramme similaire mais avec un résultat ACT de +6dB nCL, utiliser la même aide auditive (ou même une autre Classe), mais avec plus d’algorithmes activés ?

Ces deux mesures et ces deux réglages ont été obtenus avec la même amplification, parce qu’utilisant le même seuil de base, mais avec des algorithmes totalement différents (directivité, réduction du bruit, détection différenciée du signal de parole, etc.).

Contraste ?

Citons Robert (Le Petit) :

”Opposition de deux choses dont l’une fait ressortir l’autre”

Pour simplifier les choses, en appareillage auditif l’obtention du contraste ne se fait jamais par l’adjonction d’un gain, mais uniquement par l’activation d’algorithmes, et de plus en plus performants il faut le dire :

Pour résumer :

  • à surdité égale, les besoins algorithmiques peuvent être totalement différents d’un patient à l’autre (grande nouvelle Xavier !)
  • l’amplification seule n’améliore en aucun cas le contraste : elle le détériore en fait, en augmentant autant le bruit que la parole (voire plus le bruit que la parole avec les compressions de type « attaque rapide »)
  • existe t-il des aides auditives actuellement dont on peut espérer n’augmenter que le « contraste » ?

Des technologies permettant l’amélioration du contraste

Ce qui va suivre n’engage que moi…

Pour qu’une aide auditive puisse améliorer le contraste, il faut d’abord que dans le bruit, elle améliore le contraste (ah bon ???). Ça peut paraître trivial, mais ça passe des fois de justesse…

En dehors de ses algorithmes, et ce blog n’a cessé de le décrire, le meilleur ennemi d’une aide auditive n’est pas forcément le bruit : c’est elle-même ! et j’entend par là, le fonctionnement de sa compression. Le phénomène de « Target Loss » est parmi les plus dégradants du RSB de sortie (et donc du contraste).

Cependant, certaines aides auditives actuelles sont « neutres », voire améliorent la perception de la parole dans le bruit, ce dernier paramètre étant accessible dans les réglages des algorithmes :

A l’heure actuelle, quelques aides auditives seulement permettent d’obtenir un « dégradé » de performances dans le bruit pouvant s’assimiler à un réglage de « contraste », tout en s’affranchissant d’une dégradation due à leur compression de base (ici à 0dB de RSB en entrée pour trois aides auditives actuelles) :

Certaines aides auditives (ce qui n’est pas le cas ci dessus) sont quasiment au maximum de leurs possibilités dès le réglage de base. Améliorer le « contraste » d’une aide auditive, au sens où je l’entends, reviendrait logiquement à pouvoir faire « mieux que le réglage de base ». Cela commence à être possible dans certains cas, mais pas toujours.

Se pose incidemment la questions du choix argumenté ClasseI/Classe II (« Votre valeur ACT est bonne, vous pourriez obtenir satisfaction avec des aides auditives de Classe I »), ou au contraire de l’argumentation objective d’un besoin d’algorithmes performants (« Votre valeur ACT est mauvaise, vous devriez envisager une aide auditive avec des performances dans le bruit supérieures »).

ACT dans le futur

On peut donc imaginer dans un futur proche (début 2024), non seulement une préconisation fine du réglage des algorithmes en fonction de la valeur ACT, mais une justification/infirmation de telle ou telle technologie/Classe (image Interacoustics librement retouchée par l’auteur de ces lignes) :

Conclusion

ACT est un test rapide pour la valeur des informations qu’il apporte.

Les affirmations de l’IRU (Interacoustics Research Unit) quant à sa répétabilité, sa corrélation avec la performance dans le bruit (phrases du HINT) quelle que soit la langue, l’accent ou la perte auditive, son utilité pour les réglages, sont tellement importantes, que je ne doute pas d’une avalanche de publications scientifiques à venir comme ce fut le cas pour le test de ZMC à il a plus de 20 ans.

Pour l’audiologiste, disposer d’un test permettant à la fois un choix éclairé de technologies et de réglages est inespéré. L’avenir apportera certainement son lot de précisions à l’usage du test, mais ne boudons pas notre plaisir.

Post Scriptum

La passation et l’interprétation du test ACT n’est pas en soit particulièrement délicate. Elle nécessite cependant quelques précautions, autant dans le discours à tenir au patient avant l’administration du test que dans la passation du test lui-même.

Je n’ai pas pour habitude de proposer mes services à travers ce blog, mais j’encourage vivement mes consoeurs et confrères qui seraient intéressé(e)s à participer aux journées de formation dédiées des 9 et 29 avril 2024, ou dès février en ligne (contacter Interacoustics).

Et bonnes fêtes de fin d’année 2023 à toutes et tous !

4 commentaires sur “ACT – Le lien entre l’audiométrie et le réglage ?

  1. Bravo et merci Xavier pour ce résumé comme toujours pertinent.
    Petite question : ce test mis au point par Interacoustics sera t il disponible sur d’autres audiomètres ?
    S’il est si utile, il serait dommage que les patients n’en bénéficient pas selon le professionnel de santé choisi parce que l’audio ne va pas ta racheter un audiomètre complet pour un seul test. (Et meme si ça ne garantit rien car chaque audioprothésiste fait ce qu’il veut sur des protocoles non obligatoires).

    1. Merci Brice
      Je ne suis pas dans le secret, mais s’il n’est pas impossible que Interacoustics vende la licence de son test, il faudra que l’audiomètre possède deux sorties (normal) mais que chaque sortie gère deux signaux indépendamment. Ce n’est pas le cas sur un Affinity 2 par exemple. Est-ce possible sur d’autres audiomètres, souvent plus anciens qu’Affinity Compact ? Je ne sais pas.

  2. Salut Xavier (mon « Bernard Werber » de l’audiologie…),

    Top comme toujours. Merci pour ton implication.

    Petite(s) question(s) :
    Pourra-t-on selon toi imaginer une (re)mesure ACT oreilles appareillées ?
    La mesure initiale de l’ACT se faisant sur la base de la Tonale sans appareils, une nouvelle mesure appareillée basée sur la tonale corrigée (on est en champ libre ici) pourrait-elle être envisageable ? (si la mesure peut se faire un jour en FF)
    Quid de la réaction des algos vis-à-vis des stimuli de l’ACT ?
    Quelle fiabilité des résultats obtenus et peut être même de l’intérêt d’une telle mesure ???
    Dit autrement, l’ACT pourrait-il être un jour « utilisable » en mesure complémentaire de gain prothétique si par exemple un Framatrix s’avère compliqué à réaliser avec un patient ?

    Alexandre

    1. Merci Alexandre

      Tout d’abord, j’adore Bernard Werber, et notamment l’épopée de sa fourmi individualiste !

      Pour répondre à ta question, et même si le test a été validé en champ libre appareillé pour partie, je doute qu’il soit réalisable de la sorte un jour : comme tu le dis, il faudrait désactiver les algorithmes, et donc biaiser les résultats.
      Dans l’idéal, j’aimerais bien un jour qu’Interacoustics donne une fourchette statistique de réponses au HINT appareillé afin de vérifier si un patient est dans la « moyenne ».

      Effectivement également, je pense que le test est une très bonne alternative à un test vocal dans le bruit parfois compliqué.

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