Ces patients que nous pensions connaître

Le test ACT (Audible Contrast Threshold – Test de détection du contraste) est à peine disponible qu’il amène son lot de surprises… qui n’en sont pas vraiment à la réflexion.

Pourquoi ? Parce qu’on pouvait bien se douter, par intuition ou expérience, que les résultats d’intelligibilité dans le bruit de certains patients ne s’expliquaient ni par leurs audiométries tonale, ni leur âge, ni… Mais quoi alors ??!!

Dans le livre blanc publié par l’IRU au sujet du test, une illustration (p11) indique que la perte auditive explique moins de 40% (!) de la variance d’intelligibilité dans le bruit, quand l’âge en explique un peu moins de 5% (!!!). Donc, le mystère de la « matière noire de l’audiologie » alias « la performance dans le bruit » est dû à plus de 50% à « autre chose » que ces données personnelles ou audiométriques que nous recueillons et accumulons depuis des années sur nos patients.

Faire passer un test ACT à un maximum de patients (ce que je recommande afin de se créer un « catalogue intellectuel »), et surtout de patients que l’on connait de plus ou moins longue date est très intéressant; et pour parler comme maître Yoda « Grande est la surprise ! ».

Je vous livre en vrac un catalogue non exhaustif de cas étonnants, contre-intuitifs (mais l’intuition, c’est peut être le début d’un mauvais chemin), et qui apportent, sinon des solutions pour ces patients, du moins des réponses à leurs problèmes.

Mr Myself

Patient sans surdité appareillable, mais tellement gêné dans le bruit, qu’il en avait fait son deuil. Ceci lui permet de dire en toute bonne foi que « lui aussi » ne comprend rien à ces repas où 180 personnes braillent dans une salle des fêtes surchauffée (cas réel).

Son audiométrie tonale, sub-normale :

Et son résultat au test ACT qui met (enfin) en évidence le problème :

Entre parenthèse : premier test ACT réalisé, à ne jamais faire comme cela ! La dégradation du contraste se fait toujours par pas de 4dB nCL, l’amélioration par pas de 2dB nCL.

4,5dB nCL de seuil de détection de contraste, ce n’est pas « Normal », mais plutôt à la frontière de « Moyen ».

L’audiométrie tonale ne permettait pas de le suspecter. L’audiométrie vocale dans le bruit était plus le reflet d’une capacité de concentration (le cerveau, donc, puisqu’il en reste) et « masquait » la difficulté sociale d’intelligibilité en groupes.

ACT remet les pendules à l’heure : pas de possibilité de tricher, il n’y a pas de suppléance mentale pour la détection de contraste. En effet, les réponse tardives (plus de 0,5s) ou les hésitations du type « il me semble que je l’entend encore » sont comptées comme des « fausses alarmes ».

M.A.

Une jeune patiente d’une trentaine d’années, appareillée depuis son plus jeune âge.

L’audiométrie montre certes une surdité moyenne/sévère, mais avec une récupération tonale importante :

L’audiométrie vocale dans le calme est à la hauteur : très bonne récupération.

Les test ACT est… impossible à réaliser ! Lors de l’entraînement (obligatoire) au test, la patiente n’a pu faire AUCUNE différence entre le bruit et le signal de test !! L’audibilité des deux n’est pas en cause, bruit et signal sont correctement entendus, mais absolument pas différenciés (qualitativement) l’un de l’autre.

C’est une surprise, expliquée en partie par des tests dans le bruit qui n’ont jamais pu être menés de façon correcte, s’arrêtant toujours avec un sourire navré et un « tu sais bien que ce n’est pas mon fort ! Et je n’aime pas ce genre de test ».

Tout le monde a cru que l’intelligibilité dans le bruit était le fruit de l’audition alors que socialement, la lecture labiale et la concentration font seules le travail.

G.D.

Un patient « classique », appareillé depuis de nombreuses années, et à qui l’évolution permanente de la technologie (anti-larsen, décalages fréquentiels, gestion des bruits impulsionnels et divers algorithmes, sauvent littéralement la mise aujourd’hui. Oui : la technologie actuelle a du très bon !

Le résultat au test ACT (7,9dB nCL) confirme bien la nécessité du choix de la gamme d’appareil : une aide auditive performante dans le bruit.

Si te test ACT est une constatation et une confirmation des difficultés exprimées par le patient, il peut clairement être utilisé dans un but de choix de Classe et de gamme, en tout objectivité. Le patient fera ce qu’il veut ensuite, mais aura été sensibilisé à sa problématique.

D.A.

Le genre de surdité pourtant moyenne, mais tellement délicate à corriger. Ces graves, faut-il les corriger ? Faut-il fermer le conduit ? Quel est ce type de surdité ?

Réponses, pour cette patiente en particulier : impossibilité de (trop) fermer et amplification contre-productive des basses fréquences. La bande passante HF est privilégiée, dans la limite d’un seuil d’inconfort gauche très présent.

Le test ACT est sans appel : on est à la frontière d’une perte sévère de seuil de détection de contraste (+9,5dB nCL) :

Des moyens complémentaires doivent être proposés à cette patiente si elle souhaite pallier à des difficultés sociales importantes : micros déportés, système FM, lecture labiale.

Conclusion ouverte

Ouverte, car appelée à évoluer au fur et à mesure que des données de pratique du test s’accumuleront.

ACT est un test réellement nouveau dans notre pratique. Les résultats qu’il nous apporte nous font redécouvrir dans certains cas nos patients sous un autre angle.

Il ne faut pas rechercher une logique aux résultats du test en fonction de l’audiogramme conventionnel (tonal/vocal dans le silence). Tout peut-être possible dans un sens (surdité légère, ACT dégradé) comme dans l’autre (surdité importante, ACT correct).

Il ne s’agit ici que d’une infime partie des cas possibles, sur des patients appareillés depuis quelques années déjà.

ACT est-il susceptible d’évoluer après appareillage ? La question reste ouverte.

PS : n’hésitez pas à envoyer des tests qui posent questions, ils seront publiés en commentaires.

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