Site icon Le blog de l'Audiologie Prothétique – Xavier DELERCE

Mais Que Choisir ? laissons faire le mannequin !

Un article du mensuel UFC – Que Choisir de mars 2020 teste les aides auditives de Classe I dans différentes conditions sonores, en les comparant aux aides auditives de Classe II des mêmes fabricants.

Il s’agissait d’évaluer « …l’intelligibilité, c’est à dire la compréhension des mots, […] d’un mannequin équipé d’un appareil à l’oreille gauche… ».

C’est donc un mannequin doué d’intelligibilité, nous arrivons donc plus vite que prévu à ce futur tant redouté où les robots supplanteront l’humain !

Le but ici n’est pas de dénigrer gratuitement les mesures faites par ce mensuel, mais de soulever des interrogations de ma part, et de comparer les modèles testés par Que Choisir avec ces mêmes modèles testés par bibi, car ça tombe bien, je les ai (presque) tous en stock !

Je précise que l’étude ci-dessus a été réalisée avec des… Widex Evoke 440 !! Et que les malentendants testés ici (avec une vraie intelligibilité pour le coup) montrent pour une moitié d’entre eux une restauration totale de l’intelligibilité dans le bruit et pour ces conditions de test. Qui a raison ? Qui a tord ? Le minimum de prudence tu garderas (Dicton Yoda).

Et même sur des sujets « normo-entendants » l’intelligibilité dans le bruit est une notion plus que relative :

UFC – Que Choisir juge le Widex Evoque 440 comme l’appareil le moins bon de ceux testés. Je l’avais pourtant trouvé parmi les plus homogènes et performants dans une ambiance Voix + Bruit ! Mais bon, je vais certainement encore être accusé d’un hypothétique lien d’intérêt avec ce fabricant ou je ne sais quoi… Que valent mes tests face à ceux de Que Choisir ? Que ce soit l’Evoke 440, ou un autre modèle d’un autre fabricant, je reste très surpris par la différence entre ce que j’ai pu mesurer objectivement et subjectivement, et le jugement couperet de Que Choisir. J’ai donc des questions légitimes sur la méthodologie (la leur).

Prudence, prudence, prudence chers lecteurs malentendants : jamais un audioprothésiste qui se respecte ne vous fera des promesses d’intelligibilité tant sont différentes les cochlées, les voies auditives supérieures et les cerveaux qui sont au bout. C’est un fondamental de l’audioprothèse : on règle le plus finement possible, et l’appareillage bien réalisé nous amène à une constatation finale (c’est à dire l’intelligibilité réelle) des capacités du patient.

Et si on modifie la spatialisation du bruit, avec deux sources de bruit derrière, à 135 et 225°, la voix toujours devant à 0° :

Des résultats absolus totalement différents. Si je ne regardais que les courbes rouges, dans le second cas, les aides auditives me paraîtraient très peu efficaces. Si par contre je compare à une référence, qui peut être l’oreille opposée du mannequin, ou comme ici le même appareil sans ses algorithmes, la mesure prend tout son sens. Il s’agit à mon petit avis d’audioprothésiste d’un des 4 appareils les plus performants que j’aie pu tester à ce jour (6 mesures diverses en tout pour ce modèle, et toutes homogènes), sur la bonne trentaine de mesures qui doivent traîner dans mes disques durs.

Il me semble très important de prendre en compte une référence pour évaluer une aide auditive. Les mesures peuvent être faites avec ou sans algorithmes activés, avec appareils et sans appareils, etc. Il s’agira donc d’une mesure relative, et non absolue.

Par exemple, donner la note de 12/20 (c’est précis) à un modèle qui n’apporterait « que » 60% de SII en milieu bruyant serait peut être très réducteur. Je n’ai jamais voulu m’y risquer dans l’absolu, sachant que sans appareil (mesure au microphone de référence, par exemple) le SII dans cette même condition est très certainement autour de 30 à 40% à RSB 0dB. Concrètement pour cet exemple, l’apport serait très important et permettrait potentiellement une intelligibilité complète.

Comment juger d’une qualité de l’intelligibilité quand on ne sait pas quelle était cette intelligibilité « sans » (sans algorithmes, sans appareils, etc.) ? Comment évaluer des appareils entre eux quand les conditions de mesures peuvent différer entre elles (en voiture par exemple où la situation d’une mesure à l’autre peut être différente) ?

Et pour les Classe I des mêmes fabricants (parce que le journal n’avait pas l’apanage de la curiosité dans ce domaine) :

Quand on atteint péniblement 5dB d’amélioration du RSB pour le meilleur Classe I, c’est pratiquement la performance minimale en Classe II. Un seul fabricant fait un peu moins bien… quand trop d’algos tuent la performance, mais ceci est une autre histoire et peut être que Tonton Xavier la racontera pour sa retraite à taux plein à 75 ans.

Que conclure ?

Voici un enregistrement brut d’un certain appareil auditif de Classe II, réglé sur un audiogramme standard KS100 et capté à l’oreille d’un mannequin. Je vous laisse juger à RSB -10dB en entrée, ce que l’appareil en question est capable de faire. Attendez 30 secondes après le début du bruit pour un effet maximal des algorithmes :

https://leblogaudiologie.com/wp-content/uploads/2020/02/wxxxxautosnrm10spn.wav

Et pour finir plus en légèreté, je citerais (presque, mais on est dans l’à peu près là) Michel AUDIARD :

Les com(paratifs), ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît.

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